La mémoire est une faculté qui oublie. On a beau posséder tout l’espace de stockage, si la source de savoir se tarit nous aurons toujours soif de connaissance. Nous évoluons dans un monde où tout a été exploré et plus rien ne reste à découvrir à part notre ignorance de ce qui nous précède. Ces gens et les événements qu’ils ont vécus ont pourtant existé. Il est de notre devoir de s’y plonger et d’en extraire des perles de sagesse avant qu’elles ne sombrent dans l’abysse à jamais. C’est avec un sentiment d’urgence que DRAC Berthiaume partage avec nous une histoire surprenante se déroulant dans son coin de pays et qu’il décline en trois opus dans la trilogie Corvus.

Pouvez-vous croire qu’une poignée d’hommes — jeunes et moins jeunes — ont poussé un train et ses wagons à bout de bras sur des kilomètres en pleine cambrousse pendant des jours ? Ces pauvres gaillards ne verraient pas la couleur de leur argent tant que ce maudit tas de ferraille ne serait pas rendu à Waterloo. Ceux-ci s’étant aussi échiné à poser les rails pour permettre à l’engin de se mouvoir ont façonné le paysage des Cantons-de-l’Est à coups de pelles et de haches bien malgré eux. Ils seraient très étonnés de savoir qu’on se souvient d’eux après tant d’années alors que leur contribution anonyme a suscité peu d’émois à l’époque. C’est à la demande d’un riche industriel voulant étendre sa mainmise et se remplir les poches en profitant de la misère des autres. Ce n’était pas exactement la dèche, mais le dur labeur de la colonisation combiné aux caprices de la nature pouvaient rendre les conditions de vie difficiles. Cette aventure peu banale a laissé des traces indélébiles dans le cœur et l’âme de ceux qui l’ont partagée.

Comme pour Léo et Théo, ces deux frères à peine sortis de l’enfance qui se sont improvisés cheminots pour contribuer au bien-être de leur famille au péril de leur santé et de leur innocence. Ou encore l’ermite David Wells ayant été abandonné par sa mère et qui arpente librement les collines à l’abri des vicissitudes de la vie moderne. Des personnages qui sont apparus dans la ligne de mire de cette corneille survolant à tire-d’aile la cime des arbres de cette contrée de moins en moins sauvage et qui apprend avec le temps à accepter la présence des humains sur son territoire malgré leur propension à tout détruire ce qui se trouve dans leur trajectoire.

Il n’est pas rare d’évoquer le passé avec un brin de nostalgie. Le passage des saisons à tendance à gommer ses imperfections. Le conte pastoral de DRAC Berthiaume ne tente pas de l’enjoliver, mais se veut plutôt comme une sorte de capsule temporelle où l’auteur mêle fiction et faits véridiques. On sent tout l’amour qu’il porte à son travail et on ne peut qu’être soufflé par tant de générosité et de sincérité. L’homme de 76 ans aux milles vies et autant de métiers remet une corde à son arc et fait flèche de tout bois en nous montrant l’étendue de son talent pour la bande dessinée.




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