Il n’y a rien de comparable aux voyages pour se perdre ou se retrouver. On peut se fondre dans le décor et disparaître dans la nature. Se faire oublier pour un instant, devenir quelqu’un d’autre et espérer en sortir transformé. À moins qu’on ne retourne jamais à notre point de départ parce qu’on a rejoint notre destination. Voir Reykjavik et mourir ; on ne peut demander mieux que les paysages lunaires de L’Islande pour quitter l’orbite terrestre. C’était l’évidence même pour le personnage principal d’Hypo dont les jours sont comptés et qui décide de s’y rendre pour une dernière escapade.
Emotional landscapes They puzzle me Then the riddle gets solved And you push me up to this Björk

La trentaine bien installée — la maladie aussi — notre aventurier du trépas part le backpack lourd et le cœur léger. Peu importe ce qui pourra arriver, nous ne sommes tout de même juste qu’un tas d’atomes, des pixels ; on évolue dans un genre de simulation pas claire qui nous sera dévoilée une fois notre révérence tirée. Pas de grandes effusions ni de petits bonheurs pour le condamné qui s’est volatilisé comme le fantôme qu’il a toujours été afin de se soustraire au regard des autres. C’est vraiment plate que le plan qu’il avait échafaudé allait foirer ben raide à bord d’un autobus bondé de touriste, ya ? Des failles sismiques commencent à faire monter la pression d’un geyser métaphorique dont il risque de jaillir des émotions tapies sous la surface. Aura-t-il le courage d’attenter à ses jours tandis qu’il a encore le contrôle de son corps en décrépitude ?
All that no-one sees You see What’s inside of me Every nerve that hurts You heal Deep inside of me You don’t have to speak I feel Björk

Ça prenait juste une fille croisée dans une salle d’attente à Québec pour faire vaciller ses convictions. Deux âmes en peine qui ont choisi de faire un bout de chemin ensemble le long de la Þjóðvegur 1 pour recenser les endroits propices à effectuer un saut de l’ange en bonne et due forme. Ce n’est pas par altruisme ni par compassion que cette étudiante en sociologie a décidé de le suivre dans son périple, mais plutôt par curiosité intellectuelle. Pas de noms, pas d’attaches, pas de photos, pas de traces : « on reste nous-mêmes pis fuck le reste. » Ce qui devait être un rapport transactionnel se mua malgré tout en quelque chose de thérapeutique et salvateur pour les compagnons d’infortune. Ça gronde sous la surface et l’explosion est imminente. Vont-ils finir par consommer leur relation vouée à une fin aussi abrupte que tragique ?

On sort sonné de la lecture de cette œuvre dont la douce amertume nous laisse avec un pincement au cœur et une boule dans la gorge. Les mots de Nicola-Frank Vachon qui nous éclaboussent sont salins et vivifiants comme l’embrun. Quant à eux, les dessins de Paul Bordeleau sont lumineux et colorés à l’instar des aurores boréales — on dirait des cartes postales vintage. La meilleure association depuis le hákarl et le brennivín !




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