Ce n’est pas une nouvelle pour personne que la Terre se meurt et que nous sommes à un point de bascule. Plusieurs civilisations se sont succédé et ont bâti sur les savoirs du passé pour se déployer et effectuer des avancées technologiques. Au lieu d’améliorer le sort de leurs contemporains, l’appétit de certains a plutôt mené notre race à sa perte. Peut-être serons-nous effacés de la surface par un quelconque cataclysme avant d’avoir épuisé toutes les ressources. À moins que nous exportions notre bêtise sur une autre planète ? C’est peut-être la thèse privilégiée dans Le visage de Pavil dont les personnages à l’apparence humaine évoluent dans un environnement où le ciel contient maintenant deux lunes.

« Où sommes-nous » est une des premières phrases prononcées par Pavil après l’atterrissage en catastrophe de son aéroplane alimenté par un cristal. Le décor regorgeant de végétation luxuriante suggère une nature intouchée de la main de l’Empire. Le rescapé en mission pour le compte de ce dernier deviendra l’hôte des habitants du village de Lapyoza, une société vivant en autarcie vouant un culte à Hodä — un être aux mille visages, condamné à rester sur une île d’où il envoie des masques sacrés. L’impérial devra patienter quelques semaines afin de réparer les dommages à son engin volant. Dans l’intervalle, il est invité à s’intégrer à la communauté en participant aux différentes corvées. Intrigué par les mœurs, il l’est d’autant plus par l’aura de mystère entourant le demi-dieu ayant jadis sauvé les hommes premiers de l’extinction.

Car effectivement, il subsiste des vestiges d’une autre civilisation enfouis profondément sous les pilotis de la bourgade enclavée. Des bâtiments aux proportions gigantesques et des objets hétéroclites, dont la fonction depuis longtemps oubliée, témoignent d’un savoir-faire dépassant l’entendement de la peuplade retournée à la nature, loin de l’électricité et des circuits électroniques. C’est d’ailleurs ce qui a attiré l’intérêt du curieux qui semble en connaître un rayon sur l’ancienne cité dont le mystère reste encore à percer. Ses recherches le conduisent à l’île interdite d’accès au commun des mortels d’où veille l’entité pourvoyeuse de bonne fortune et d’abondance. Un face à face avec celui qui a vécu l’ascension puis la chute d’une société dont les ambitions démesurées finirent par causer un dérèglement planétaire mène à des révélations surprenantes. Il détient la clé de voûte qui pourrait propulser l’Empire dans une nouvelle ère. Pavil est à la croisée des chemins. Il lui reste à décider de ce qu’il fera de cette information tant convoitée qui pourrait entraîner ses congénères sur une pente glissante.

Jérémy Perrodeau nous convie à un festin pour les yeux. Son style rétro sci-fi où il joue des couleurs de la nature, passant de l’ocre de la terre au cyan des fonds marins dans une ingénieuse succession collant merveilleusement au propos. On déambule à travers les planches dans un état contemplatif en se prenant à rêver d’une réalité alternative sans moteur ni courant. Sans se vouloir prophète de malheur, il illustre avec justesse et clairvoyance ce que nous réserve notre course effrénée à la productivité.




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