Passe-temps

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Et c’est reparti pour un tour. Faire mousser, rincer, répéter. Métro, boulot, dodo. La routine habituelle. La vie, quoi ! Celle dont on hérite. Celle que l’on donne parfois. Celle qui use. Celle qui amuse. On peut réfuter son absurdité, mais on ne peut nier sa fragilité. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer même si c’est tantôt triste à mort. C’est d’ailleurs le principe appliqué par Pascal Girard qui nous convie une fois de plus dans son intimité pour un recueil de strips au nom savamment choisi : Passe-temps. Plein feu sur un homme-enfant impuissant devant le sablier qui s’égrène inexorablement.

Passe-temps, Pow Pow, 2024

Pascal a maintenant la quarantaine, mais il émane cette aura d’adolescent un peu empoté dans un corps de vieux réactionnaire. À défaut de s’acheter un spyder, il s’est mis à surfer — awesome, dude! En dehors de ça, c’est pas mal la même affaire : le travail social, la bd… un bébé. Eh oui, il se fait désormais appeler papa par une petite fille à l’esprit vif et aux idées folles. Cela remue des émotions et ressasse des souvenirs en lien avec son propre frère mort en bas âge et dont la présence est toujours vivace. Le plus dur selon lui n’est pas le moment de notre trépas, mais plutôt celui où le sol se dérobe sous nos pieds après la disparition de nos proches. Sa progéniture n’arrête pas de renchérir en lui demandant à quel point il serait détruit si elle devait un jour se transformer en arbre. Lorsque combiné aux événements funestes encourus dans le cadre du taf, il y a quoi perdre sa joie de vivre, mais ça serait mal le connaître, car malgré ses airs bourrus il demeure un être attachant pour qui veut bien se donner la peine de le côtoyer dans son élément naturel. N’est-ce pas Monsieur Mayonnaise ? 

Passe-temps, Pow Pow, 2024

Sans être un paratonnerre à boulettes, notre gaffeur en série a constamment un pied dans la bouche ou dans les plats — c’est au choix du chef. Certaines mauvaises langues pourraient arguer qu’il a juste à se mêler de ce qui le regarde, mais qui n’a jamais eu l’envie irrépressible d’écornifler pour satisfaire sa curiosité ? Celle de Pascal est insatiable et il ne se gêne pas pour ajouter son grain sel au grand dam de ceux dont la bulle vient d’être envahie. Est-ce par manque de tact ? C’est plutôt à cause de son filtre défaillant qui lui laisse échapper des énormités à des moments inopportuns. Heureusement que son chien lui rapporte un capital de sympathie bien qu’il lui arrive tout de même de s’attirer les foudres des justiciers de la poubelle propre. 

Passe-temps, Pow Pow, 2024

Encore une réussite pour le roi de l’autodérision. On vit par procuration des aventures au demeurant triviales, mais tout à fait savoureuses. Ce n’est pas toujours drôle, mais quand on se compare on rigole. Nous sommes tous humains et cela vient avec son lot de paradoxes. Cela ne fait pas de nous pour autant de mauvaises personnes. Comme il fait bon se rallier derrière cet antihéros qui nous ressemble. Je suis Pascal.

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