On hait-tu ça quand nos vieux appareils arrêtent de fonctionner comme ils le devraient ? Ce n’est pas long qu’on pogne les nerfs après : les insultes fusent, les coups pleuvent et ils se retrouvent illico presto aux vidanges. C’est facile de s’abandonner à nos pulsions puisqu’il s’agit d’objets inanimés dépourvus de sentiments. Il nous est tous arrivé de faire subir à autrui nos sautes d’humeur sans pour autant user de violence. Parfois la digue cède et l’autre écope sans pouvoir se défendre. Une main tendue peut venir à la rescousse d’un poing crispé comme en témoigne Grand-môman de Brigitte Marleau, inspiré de faits vécus.

Habiter avec un mari « mental-verbal » comporte son lot de remise en question et d’ecchymoses à profusion. C’est triste à voir aller, mais grand-môman est quand même resté plus de cinq décennies avec un homme belliqueux la traitant comme une moins que rien. Recluse et battue, elle n’attend plus rien ni personne. C’est alors que sorti de nulle part, un pied enfonce la porte et menace de botter le derrière de l’ivrogne en ti-corps s’il ose se lever de son La-Z-Boy tandis qu’on lui soustrait son punching bag. Elle n’est désormais plus un déchet. Elle a de la valeur aux yeux de son petit-fils et de sa famille qui l’accueille sous son toit. Reconnaissante, la petite madame va pouvoir prendre son café avec un sucre et de la crème. Elle qui ne souhaite pas les déranger et puis : « Gerry y veut pas. Y dit que c’est du gaspillage. » À la manière d’un animal rescapé après des années de négligence, elle doit apprendre à intégrer les manières des autres. Elle n’est même pas capable de composer un simple numéro de téléphone, alors oublions le micro-ondes.
Chu-tu assez niaiseuse !
Nounoune !
Stupide !
Imbécile !

Avec beaucoup de patience et de bons soins, grand-môman est sur le chemin de la guérison. Le quotidien suit son cours ; tout le monde grandit et vieillit. Ça fait quand même 10 ans que madame Miron se berce en regardant la télé en mangeant des petits gâteaux. La complicité des premiers jours s’est érodée et la fatigue s’installe dans la demeure. À bout de nerfs et de souffle, une décision consensuelle, mais tout de même déchirante viendra clore un chapitre. La survivante dont le parcours aura été semé d’embuches est sereine malgré son âge avancé et ses bobos. Espérons que les fantômes du passé ne s’inviteront pas à troubler sa paix d’esprit.

Une œuvre poignante et empreinte d’humanité que celle de Brigitte Marleau. Aborder la maltraitance et la violence faite aux femmes est un pari risqué si on ne veut pas tomber dans la consternation. Les saynètes finissent par s’entremailler et donner un tricot doux et réconfortant. L’utilisation du pastel atténue la dureté des propos et offre un rendu apaisant. Une célébration de la vie et de tout ce qu’elle comporte : on rit, on pleure et on meurt. Un feu roulant d’émotions qui nous rappelle que l’amour et la compassion sont la solution à bien des maux qui nous assaillent.




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