On en émerge à notre naissance et on y retourne à notre mort : le néant. Ce grand vide qui engloutit tous nos espoirs qu’il aime réduire à. Des fois, c’est nécessaire de faire table rase et de repartir à zéro même si ça fait mal sur le coup. Rien ne sert de ressasser le passé et de vouloir réparer les pots cassés pour modifier le cours de l’existence. Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer ? Quand la baraque craque de partout, il faut écouter ce qu’elle a à dire pour rebâtir sur de bonnes fondations comme dans la BD de Mireille St-Pierre, Suivra le néant.

Une auberge dans le Bas-Saint-Laurent qui ramène beaucoup de souvenirs et bien des écueils. Une femme qui retourne y vivre temporairement avec sa fille après la mort de sa mère qui tentait de le conserver en état de marche malgré ses forces qui s’amenuisent. La décrépitude des lieux est dur à supporter, mais elle est déterminée à lui redonner son lustre d’antan. L’embrun est vivifiant et la vue imprenable. C’est un siècle d’histoire, de vies et autant de drames qui s’y sont déroulés. Si ces murs pouvaient parler, on pourrait en apprendre plus sur les secrets intimes qu’ils contiennent. Des mots acérés qui lacèrent et assènent des coups de marteau pour taper sur le clou. Tout part en vrille comme une perceuse qui a la mèche courte. Les émotions fusent de toute part à mesure de la lenteur des travaux qui n’en finissent pas de finir. Elle s’enlise dans un projet qui dépasse le simple cadre de la rénovation domiciliaire. La charpente est chambranlante et tout menace de s’écrouler si elle n’y arrive pas à respecter les délais qu’elle s’est fixés. L’enfant essaie de chasser les voix négatives qui accablent sa maman au bout du rouleau. L’orage gronde et la mer se déchaîne. L’éclair incendiaire suspend le temps alors que le ressac recrache un corps inanimé sur la grève.

Des borborygmes s’échappent de la bouche du rescapé drapé sur le canapé. Un relent du passé flotte dans l’air salin. Ce grand gaillard hirsute semble connaître les lieux alors que ceux-ci s’éveillent lorsqu’il déambule le long des corridors au papier peint défraîchi. Quelle est la raison de sa présence ? Il erre sans but, cloîtré dans son mutisme. Cette impression de déjà-vu sème une onde de choc parmi les occupantes. La vérité éclate et consume tout sur son passage tandis que fusionnent les époques, laissant un trou béant dans cette demeure réduite en poussière.

Atmosphérique, lancinante, cette deuxième incursion en bande dessinée confirme la large palette ainsi que le talent de l’illustratrice. Toutes en élégance et en bichromie, les images évocatrices nous font sombrer dans un état contemplatif — pour ne pas dire méditatif. L’histoire nous berce au rythme des vagues et devient multisensorielle. Le côté mystérieux apporte une dimension unique à ce huis clos maritime. Un beau voyage intérieur grâce à la nature qui nous unit et nous ressemble. Tel un oursin piquant, Mireille se laisse porter par le courant. Qui sait où cela la mènera.




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