Momm

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Rien n’est plus précieux que l’amour d’une mère. Inconditionnel, il nous enveloppe, nous guide et nous nourrit. Cette dévotion et cette abnégation ne demandent jamais de réciprocité. Seule la certitude de notre bien-être suffit comme récompense. Vient le jour où les rôles seront inversés. Il faudra rendre la pareille et s’occuper de celle qui nous a donné la vie alors que la sienne s’éteint à petit feu. C’est une épreuve que l’on devra surmonter un jour ou l’autre. Ça arrive parfois plus vite que prévu. C’est le cas de Touffe l’alter ego de Catherin (Catherine Plante) qui raconte comment ça s’est déroulé avec sa Momm.

Momm, Pow Pow, 2024

Ça fait longtemps que Momm ne va pas bien. Sa fille n’a jamais manqué de rien. Au contraire, la maladie dégénérative les a soudées dans l’adversité. La petite passe somme toute une enfance normale et ne semble pas trop affectée par la fleur qui pousse à travers le corps de sa maman. C’est sûr que ce n’est pas la joie perpétuelle en la chaumière puisque sa mère pâtit en silence tandis que des défaillances apparaissent, la laissant aussi vulnérable qu’un nourrisson. Il a fallu se rendre à l’évidence qu’elle ne pouvait plus habiter chez elle étant donné la constance des soins requis à sa subsistance. Touffe reste à son chevet et s’assure de la couvrir d’amour et de gentillesses à travers les effusions comme les transfusions. C’est difficile d’être stoïque devant la souffrance. Elle peut heureusement compter sur Chuchu, son « p’tit bébé soleil », pour chasser la grisaille et la solitude, sa routine se résumant à faire la navette entre le Centre du Milieu (votre dernière demeure !) et le travail : métro, boulot, bobo.

Momm, Pow Pow, 2024

La proche aidante à bout de souffle veut changer d’air. Elle caresse le rêve de quitter sa banlieue stérile pour rejoindre l’effervescence de la grande ville, là où elle pourra exercer son art plutôt que de récurer les toilettes d’hôtel. La bédéiste en herbe voit son vœu exaucé lorsqu’une chambre se libère dans un repère habité par ses semblables — qui se ressemble s’assemble. Elle peut laisser libre cours à la déferlante d’émotions qui l’assaillent à l’occasion, car elle a maintenant une épaule sur laquelle pleurer à chaudes larmes. Tout son être se crispe au son du téléphone banane, étant donné qu’il s’agit souvent d’un mauvais augure. Et si c’était la dernière fois où elle pouvait ressentir sa douce chaleur ?

Momm, Pow Pow, 2024

Provenant du côté Indy de la force, Catherin fracasse la grande porte avec cette œuvre qui saura — fingers crossed — atteindre un large public avec ses thèmes universels. Son humour et son empathie arrivent à faire passer la pilule d’un sujet qui de prime abord a le potentiel de nous laisser abattus. Cela ne veut pas dire que les vannes ne seront pas ouvertes pour autant. Les dessins presque enfantins consolident cette impression de douce amertume qui se dégage des planches magnifiquement illustrées. Sans effusions ni sparages, on nous convie dans un univers où l’onirisme tranche avec la dureté du quotidien tel un baume qui apaise nos blessures.

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