Au travers du rayon

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Le jour se lève à nouveau. Par les interstices se faufile la lumière. Elle éclaire tout, même les idées. Parfois, on a le goût de retourner au pays des songes ; là où c’est noir et confortable. Notre cabine de projection y présente un long métrage que notre éveil a écourté abruptement. Encore dans le flou, il existe ce bref moment où la fiction et le réel fusionnent : un pont entre les mondes permettant de voyager au-delà de notre dimension. On pourrait apparemment aussi y arriver par l’immersion totale dans un film afin de passer Au travers du rayon

Au travers du rayon, Éditions 2024, 2024

Une agréable journée d’été où l’indolence est de mise. Assise dans l’herbe, Jeanne assiste à une scène hors du commun qui lui laissera une impression de déjà-vu. Jeune et paumée, elle alterne les écrans, se déplaçant du moniteur de la conciergerie à la toile du cinéma de quartier. Elle est obsédée par le 7e art depuis qu’elle croit savoir comment générer un portail permettant d’entrer en contact avec les personnages et prendre la clé des champs dans un genre de crossover. Ce n’est pas qu’elle est malheureuse parmi ses semblables, mais son côté solitaire et revêche la porte à la mélancolie. La cinéphile réussit tout de même à convaincre son seul ami à embarquer dans son projet. Il leur suffit de recréer une scène dans les moindres détails et espérer que la magie opère. Cela peut paraître une vaste fumisterie, mais elle y croit dur comme fer et doit tenter l’expérience. Envoûtée par la perspective de traverser de l’autre côté de la lentille, elle n’a maintenant qu’une chose en tête et y consacre tous ses moments libres. Après tout, qu’a-t-elle à y perdre, à part son emploi, son ami et peut-être la raison.

Au travers du rayon, Éditions 2024, 2024

On devient épuisé à chasser une chimère. Qu’est-ce qui se passe quand on y parvient ? Ce n’est pas écrit dans le manuel d’instruction. On s’efface ? C’est exactement ce qui arrive à Jeanne. Désappointée par son manque de résultat, elle en vient à halluciner cette rencontre avec l’éléphant rose. Puis, comme il en est pour bien des choses, le temps fait son œuvre. L’existence nous rattrape et la page est cornée, mais non tournée. Il lui restera toujours son lieu de prédilection, sa tanière d’où elle pourra altérer la réalité en 24 images/seconde. Tant qu’à faire son cinéma pourquoi ne pas y habiter.

Au travers du rayon, Éditions 2024

Par une ambiance feutrée et des plans léchés, la première bande dessinée d’Aude Bertrand n’a rien de cliché. D’abord un plaisir pour les yeux, ceux-ci se promènent d’une scène à l’autre absorbant la diégèse sans manquer un battement. Le leitmotiv des univers parallèles se réverbère dans notre conscience et forme une trame narrative lancinante nous entraînant dans une traque sans issue. Tout est réglé au quart de tour pour nous tenir en haleine dans cette course de fond se déroulant au ralenti. Inutile de tout intellectualiser et de se laisser intimider par le jargon technique puisque tout le monde y trouve son compte.

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