Le monde retient son souffle. Si on écoute bien on peut entendre son râle. Il y a bien un ras-le-bol tandis que les raz-de-marée s’enchaînent et que le niveau des eaux monte. Certains se cachent la tête dans le sable alors que d’autres font la sourde oreille. Le constat est implacable : la Terre se meurt. Le sachant depuis maintenant quelque temps, nous assistons à sa destruction avec un sourire contrit, car l’espoir de la sauver s’amenuise au même rythme que les banquises fondent. Pas étonnant que l’on veuille déménager sur Mars. Ça ne vous tenterait pas d’essayer de protéger notre maison comme le petit Alyte ?

On n’a jamais demandé à venir au monde, mais nous y voilà quand même. Le fruit du hasard a décidé à quel règne nous appartiendrons pour notre plus grand plaisir ou désarroi. Alyte est né crapaud — de peine et de misère. C’est donc étant seul survivant qu’il doit découvrir l’univers et surtout sa propre personne en mutation. N’ayant aucun repère, ses déambulations fortuites sont elles aussi guidées au gré des interactions avec les autres animaux. Aucun n’est plus redoutable que la léthalyte qui s’étend maintenant à perte de vue à travers Silva telle une balafre. Cette route de bitume est autant indéchiffrable qu’impénétrable pour les habitants de la forêt. Les plus téméraires en paient souvent le prix fort à l’instar du père d’Alyte. C’est à présent à sa progéniture de porter le flambeau et de mener la grande migration vers Lymphore la primitive, sa mer matricielle.

C’est le cœur meurtri par la cruauté du spectacle de la survivance et rempli de hargne pour la faucheuse qui éteint les soleils que le batracien se joint à la résistance. Les arbres de leur force tranquille s’affairant à décrouter patiemment des parcelles de la bête noire. Ils sont tous investis d’une mission : du vers de terre ramollissant le sol aux blaireaux creusant une voie de contournement assez grande pour y faire passer une biche. Tout le monde a son rôle à jouer, y compris Alyte ; sa petite taille ne l’empêchant pas de fédérer les efforts pour arriver à bout de l’ennemi commun. Avec sa foi inébranlable, il en vient même à déplacer les montagnes. Pierre qui roule n’amasse pas mousse sauf ici, car la léthalyte est obstruée grâce à sa volonté. Tout répit est le bienvenu lorsque la couverture de vie se détricote en silence.


À mi-chemin entre la fable écologique et le documentaire animalier, Jérémie Moreau a su trouver le dosage parfait pour capter notre attention. Le ton nullement moralisateur réussit à raviver notre émerveillement et notre indéfectible amour pour la planète de moins en moins bleue. Les illustrations d’une beauté déconcertante nous permettent de vivre une symbiose voire une synesthésie tandis qu’on vit par procuration les aventures d’un petit crapaud sans défense. Certains pourraient même y voir une analogie avec notre propre combat pour renverser la vapeur. Une histoire réconfortante à propos de la résilience et de la force de caractère qui nous habitent.




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