Avertissement : Ce billet est écrit par un homme blanc cisgenre hétéro au mitan de sa vie. Il se peut qu’il contienne certains biais involontaires.
Il y a plein de choses pour lesquelles nous ne sommes pas outillés. Nos parents nous préparent à la vie en société tout en étant au fait des horreurs dont le monde recèle. Ils nous inculquent des valeurs et nous insufflent leur savoir, mais rien ne peut réellement nous protéger de tous les dangers. L’espèce humaine a évolué, mais certains traits perdurent. Les émotions et les pulsions peuvent déborder de notre esprit. Rien de bien grave la plupart du temps, mais totalement destructeur lorsque cela implique une autre personne non consentante à nos actes. De la parole aux gestes, les victimes restent souvent sans voix. D’autres s’embrasent comme Clémence en colère.

Clémence en a assez des vieux dudes creepy qui cruisent les petites cocottes. Elle ne se gêne pas pour leur gueuler après aux yeux de tous — the more the better. Ça lui procure un rush d’adrénaline, mais ce n’est que temporaire et elle revient sur le plancher des vaches pour s’apercevoir que c’est toute de la bullshit. Elle n’est plus la même depuis qu’on l’a molestée. La flaque de chiasse qui l’a violée continue à sévir en toute impunité. Le système est brisé ; les agresseurs sortent de l’audience en cour avec une face à fesser dedans tandis que l’autre est à ramasser à la petite cuillère. Ça dure encore et encore sans qu’on puisse endiguer toute cette rage et cette amertume. On a beau marteler que c’est fucking wrong, les gars s’en crissent parce qu’ils ne subissent pas la conséquence de leurs actions et c’est ça qui alimente le brasier de la jeune femme. C’est pour elle une façon de ressentir autre chose que de la tristesse. Ça ne peut pas être ça la vie, right ? En tout cas, elle en a assez de se consumer et ne compte pas finir en cendres.

Heureusement qu’il y a des ressources. Moins cool que la demande soit croissante. 15 semaines : le temps imparti pour déballer son sac et panser ses blessures auprès d’autres femmes ayant subi le même sort. Leur présence est la soupape permettant de relâcher la pression. Elle s’initie à trouver du réconfort dans les petites choses du quotidien : ses amies, sa blonde, les siestes… Clémence apprend aussi à fourbir ses armes en concentrant cette énergie, la transformant en lance-flammes pour faire reculer les mecs lourds aux mains baladeuses. Attention, ça va sentir le roussi !

Mirion Malle suit les traces de ses deux titres précédents (C’est comme ça que je disparais, Adieu triste amour) en abordant des thèmes qui lui sont chers comme la maladie mentale, le féminisme et la sororité. Cela donne une bande dessinée pleine d’introspection et de douceur malgré la dureté du propos initial. Les couleurs sont chatoyantes et vives comme un feu de joie qui crépite. L’autrice et dessinatrice peut se targuer de nous faire vivre des émotions pures en nous laissant entrer dans son cénacle. Les tabous tombent, les consciences s’éveillent et les cœurs s’ouvrent. Un livre à ajouter au cursus au plus sacrant.




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