Tous les goûts sont dans la nature et semble-t-il, ils ne se discutent pas. Ne gaspillons point notre salive à débattre sur la fraîcheur qu’apporte la coriandre ou la validité de la poutine italienne, car nous resterons campés dans nos retranchements. De toute façon, c’est l’autre gang d’hérétiques qui à tort. Ça n’a peut-être pas déclenché de guerres, mais ça a sans aucun doute forgé des amitiés. Après tout, qui se ressemble s’assemble. C’est en apprenant la saveur de croustilles préférée des gens que l’on peut vraiment reconnaître les membres de la tribu. Pour Iris Boudreau, c’est évidemment les Strips au ketchup.

Avec cette information, on peut déjà se faire une idée du personnage, car au-delà de ce qu’elle en juge, la vie d’Iris est plus party-mix qu’elle le soupçonne. Rien de trop saugrenu non plus – à moins que ses pensées intrusives prennent le dessus et qu’elle livre ses sombres intentions au douanier aux commandes de la guérite. Même si on la jetait au cachot, elle pourrait utiliser l’argent des zines pour se sortir du pétrin ; c’est que ne cesse de le lui répéter Cathon, sa jumelle cosmique. Ces deux-là sont au diapason lorsqu’il s’agit de se déconner avec un rien. Qui d’entre vous pourrait se vanter d’avoir été sur le bord d’une foudroyante apoplexie en jouant au scrabble ? Et c’est tant mieux, car le métier de bédéiste n’est pas aussi amusant qu’il en a l’air. Entre les sessions de coloration et les désagréments liés à sa présence dans les salons du livre, il lui faut se ressourcer et faire le plein d’anecdotes. Pour cette tâche, son chat Maurice qui a des grosses (?) est toujours au rendez-vous. Ça et la nourriture qui semble être une grande source de réconfort. Amatrice de baloney et de fromage orange, elle est souvent à une collation près de gâcher son repas.

D’ailleurs, c’est ce qui pourrait expliquer ses rêves délirants. Ça nous arrive à tous de faire des songes bizarres, mais les siens sont next level – vivides et chimériques. La pauvre se réveille toute chamboulée et en vient à se questionner sur sa propre existence. Elle en garde toutefois des preuves tangibles puisqu’à la manière d’une somnambule elle compose messages vocaux et poèmes pour son plus grand étonnement lorsqu’elle émerge finalement du brouillard. Tout ça est raccord avec sa personnalité et on n’est pas surpris d’apprendre que ces fesses ont déjà été d’immenses dumplings.

Iris Boudreau n’a rien à cacher. Elle étale sa vie privée au grand jour sans exhibitionnisme ni fioriture. Elle est passée maître dans l’art de raconter des événements en définitive plutôt banals et de leur insuffler un brin de fantaisie. La forme séquentielle des strips lui permet de sauter du coq à l’âne même si on devine que l’ensemble de l’œuvre a été judicieusement calculé. Il est réconfortant de savoir que nos petites bibittes et travers font de nous des êtres singuliers, mais tout à fait ordinaires. D’autre encre va couler et noircir les pages de ses carnets pour notre plus grand plaisir. Continue à bourdonner Iris !



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