Voir Venise et mourir. Ce n’est pas obligé d’être la visite d’un lieu célèbre avant de trépasser et à rayer de sa bucket list. C’est aussi un souhait rémanent qui habite nos pensées. Une sorte d’écho qui se répercute sans cesse à l’intérieur de notre tête et tient parfois notre cœur en étau. C’est souvent ce qu’on n’a plus qui vient perturber notre équilibre émotionnel en nous laissant vulnérables au cafard et au ressentiment. Le départ d’un être cher en est l’exemple par excellence. Paul Bordeleau nous raconte comment il passe à travers le deuil dans Au revoir New York.

Tout commence par une visite au cimetière. Voilà déjà six mois que Gaston mange les pissenlits par la racine. Un événement aussi subit que cette neige en octobre. Tu sais comment c’est, hein. Ce n’est pas parce qu’on se voit moins qu’on ne reste pas de bons chums. Difficile d’avaler la pilule qui laisse un goût amer. On doit chasser les fantômes du passé pour faire taire la douleur et quoi de mieux que l’art-thérapie pour apaiser les âmes esseulées. On ne peut pas tirer un trait sur une si longue amitié. Il est impératif de les multiplier pour raconter son histoire. Il faut plancher là-dessus. Coucher ça sur papier ou iPad. C’est le point de fuite qui les mènera au point final, celui du non-retour. Il suffit de trouver le bon angle, la pierre d’assise sur laquelle reposera le mausolée. Cela prendra peut-être une tournure aussi fantastique que tragique. On va arriver à faire du beau en renouant avec l’essentiel et l’éphémère. A trip down memory lane comme on dit dans le jargon. C’est cliché, mais ça nous ramène à notre propre mortalité. Un examen de conscience n’est pas tout à fait une quête existentielle, seulement ça s’y rapproche.

Il était une fois, deux jeunes graphistes en devenir qui en ont bavé de l’encre avant d’être lâchés dans la jungle du marché du travail. On prend le taureau par les cornes et on a un front de bœuf. Paul profite d’un voyage scolaire à la Grosse Pomme pour visiter l’atelier d’un artiste qu’il admire et lui soutirer ses secrets professionnels. Gaston, celui qui va aller loin dans la vie, se la joue plus cool. Ce qui s’ensuit est un maelstrom de rencontres aussi fortuites qu’édifiantes. Dommage que l’accident soit venu partiellement gâcher ça, jusqu’à effacer des bouts du récit. Vous en avez tout de même gardé un souvenir impérissable.

And if I can make it there
I’m gonna make it anywhere
It’s up to you
New York, New York
Une ode à l’amitié et la vie en général. Cinématographique à souhait avec un brin d’humour, lorsque senti. On touche à l’universel, le réconfort doux-amer d’une période pas si lointaine néanmoins révolue. Paul Bordeleau se rabiboche avec son style de l’époque. Tout en hachure, se permettant d’en beurrer épais, nous montrant ainsi l’étendue de sa palette. Une astucieuse mise en abyme testée et éprouvée est utilisée pour cimenter le tout.



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