La glace part en morceaux

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Notre réalité est absurde. Expulsé puis aspiré dans le vaste monde. La condition humaine combinée au libre arbitre a de quoi rendre fou. Le poids de l’existence peut devenir insoutenable et fuir le quotidien peut demeurer une option envisageable. Il faut bien choisir son poison, car il peut s’avérer mortel si on en abuse. Il y a des filets et des mains tendus pour attraper les plus vulnérables qui perdent pied. Néanmoins, il y a des malchanceux qui se faufilent à travers les mailles. La douleur de voir un proche se détruire finit par créer une cassure comme dans La glace part en morceaux

L’amour c’est fort : ça nous ravage ; ça nous sauve aussi. Quand ton chum est rendu émacié avec les yeux vitreux d’avoir passé des nuits blanches d’angoisse et d’excès, le cœur s’effrite. Tout comme la confiance qui est rudement mise à l’épreuve. Comment en sommes-nous arrivés là ? T’aurais-je choisi si j’avais vu les cornes de tes démons dépasser de tes beaux cheveux grichoux où j’aime tant me blottir ? Comment se peut-il que tu aies mal de la sorte ? Je peux juste être spectatrice. Cette fois-ci sera la bonne. Ton sevrage nous fera du bien. J’ai besoin de repos autant que toi. Tu vas sûrement trébucher et j’en profiterai pour fuir. Tu me traiteras de lâche et ça ne me dérangera pas. Il y a quelque chose de brisé : mon cœur, bien sûr, mais ce n’est pas tout. Notre couple bat de l’aile, les miennes sont de plomb et me clouent au sol. Mon estomac se noue quand j’aperçois ton numéro et cela n’a rien à voir avec la romance. Je suis ton âme sœur selon tes dires. C’est bien beau tout ça, mais je dois savoir si j’existe en dehors de ces paramètres. J’ai ma place au soleil et la glace part en morceaux.

Tu as retrouvé l’appétit et la rage de vivre alors que moi j’enrage tout court. Ton sourire, tes fleurs et tes jérémiades n’aident pas la cause. C’est trop peu trop tard ou peut-être l’inverse. Je te ferai un gâteau parce qu’atteindre la sobriété n’est pas de la tarte, mais je l’ai vraiment en travers de la gorge. Cette guérison tant souhaitée n’est pas la panacée. Un traitement du silence est certes draconien, mais nécessaire pour mon sevrage. Il faut que je m’en aille avant que la glace ne cède et que je parte à la dérive.

Crus comme la lumière fluorescente d’une salle de rassemblement des N. A., les mots de Charlotte Gosselin sont empreints d’émotions que l’on vit par procuration. Cet abandon, cette grande vulnérabilité nous atteignent là où ça fait mal pour ensuite dissiper une onde de chaleur associée au réconfort. Des images fortes, sans équivoque, qui guident l’histoire où s’entremêlent réalisme et onirisme. Tout en hachure et monochromie, on recherche l’intention plutôt que la perfection. La sincérité du geste donne une puissance narrative et poétique. Un récit intimiste et universel aux propriétés curatives dont on termine la lecture, bouleversé, mais repu.

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