Je n’ai pas demandé à venir au monde : l’argument massue des ados excédés par l’autorité parentale. Ils ne le pensent pas vraiment, mais ça pince tout de même au cœur des géniteurs. Ce petit être qu’on a vu grandir et qui peut-être perpétuera la lignée à son tour. Avoir un enfant peut sembler anodin à grande échelle, mais chaque naissance comporte une histoire bien à elle. On connaît le début, on connaît la fin ; laissons la providence jouer son rôle. Seuls les protagonistes se succèdent pour apporter leur grain de sel. Ils y ajoutent aussi leur Grain de riz.

Ça commence toujours par un test de grossesse. Pas tout à fait. Ça commence par une intention. Un souhait. Un rapprochement physique essentiel à la survie de l’espèce. L’aboutissement d’une relation stable. La prochaine étape après le golden et la grosse job. Élisabeth est une fille à qui tout réussit ; en quoi avoir un bébé serait-il différent ? Ils le désirent, ils le méritent. Un test positif plus tard et le départ est donné. Survient alors une explosion de joie en la demeure et l’envie irrépressible de le crier sur les toits, mais pas trop fort pour ne pas tenter le sort… on ne sait jamais. Attelez-vous parce que les prochains mois mettront vos nerfs à rude épreuve. On tient souvent pour acquise la complexité de la conception d’un être humain ; toutes ces cellules qui s’emboîtent dans un ordre précis à faire pâlir un créateur de meubles Ikea. Il arrive occasionnellement des erreurs d’assemblage qui enclenchent un processus de rejet au grand dam du couple paniqué. Les statistiques sont parfois en notre défaveur et Éli et son chum ont pioché le mauvais numéro. Leur petit grain de riz n’est plus. Ils n’ont même pas eu la chance de l’annoncer à leurs parents. C’est comme se faire tirer le tapis de sous les pieds et tomber dans un gouffre de tristesse sans fond. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ?

Pendant ce temps, la vie continue : un constant rappel qu’il y a de l’espoir malgré les gifles à répétition. Ils en sont à leur troisième essai alors que d’autres couples engendrent avec une facilité déconcertante. Pas besoin de s’acharner quand on a beaucoup d’amour à donner. Il suffit d’un vol d’avion et tout peut être réglé. Parfois, le destin nous réserve des surprises au moment où l’on s’y attend le moins et il y a des histoires qui finissent par un petit miracle.

Ce n’est pas la première et sûrement pas la dernière fois qu’on s’exprime sur le deuil blanc. Catherine Plessis-Bélair exploite ce thème avec une grande sensibilité dans un récit intimiste qui ne laisse personne indifférent en dépit de sa situation familiale. On sent la catharsis et le fait vécu sans fatalement tomber dans le misérabilisme. Le travail d’illustration de Daniel Plaisance complémente adéquatement le propos avec son découpage et ses plans montrant une vaste maîtrise des techniques qu’il tient bien en bride. Du fruit de leur union littéraire naîtra peut-être une collaboration plus pérenne.



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