La mort dans l’âme

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Permettez-moi d’être introspectif pour un moment et d’imaginer ce qu’aurait pu être ma vie ; ce qu’elle aurait pu être si… On peut se perdre longtemps en conjectures, se triturer les méninges et rêvasser à propos de futurs hypothétiques.

Dans mon cas, la première prise de conscience s’est matérialisée après ma rencontre du secondaire ; dix années se sont écoulées depuis nos dernières frasques. C’est donc à grands coups de claques dans le dos et de railleries que le constat s’installe : si certains sont restés d’éternels adolescents, d’autres sont franchement au-dessus de leurs affaires. On se compose une façade tout en retardant le moment de la question fatidique « Et toi, qu’est-ce que tu deviens ? »

La surprise est d’autant plus grande lorsque l’on voit apparaître ces visages d’une époque révolue à l’écran : comédien, athlète, politique… tueur en série.

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©Seuil 2015 Backderf, Derf

Imaginez la stupéfaction d’apprendre que vous avez côtoyé Jeffrey Dahmer « le cannibale de Milwaukee » pendant cinq ans. Vous adhériez même à son fan-club, l’élevant au rang de mascotte. Derf Backderf, l’auteur de cette BD, a été aux premières loges de cette lente métamorphose qui a conduit le jeune homme vers son sombre destin.

Mon ami Dahmer est le fruit d’une œuvre magistrale créée sur une période de 20 ans, se bonifiant au fil du temps grâce aux recherches poussées de Backderf. Loin de diaboliser le personnage, il se contente de le dépeindre simplement comme il est : un adolescent mal dans sa peau. Un paria qui doit constamment lutter contre ses pulsions macabres en les noyant dans l’alcool pour faire taire les voix qui le tourmentent.

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©Seuil 2015 Backderf, Derf

D’ailleurs, l’auteur n’y va pas de main morte et condamne avec âpreté les gestes posés par son ex-ami

« Mais une fois que Dahmer tue — et je ne le dirai jamais assez —, je n’ai plus aucune sympathie pour lui […] Ayez pitié pour lui, mais n’ayez aucune compassion. »

L’âme humaine est difficile à sonder, encore faut-il en avoir une. On ne peut que spéculer sur ce qui a poussé Jeffrey Dahmer à devenir cet être abject. Le récit de cet ancien camarade de classe met en lumière certains événements charnières, donnant accès à une brèche dans cette forteresse de solitude où s’était emmuré le meurtrier.

Sans tomber dans le prêchi-prêcha, il est ardu de ne pas avancer un parallèle entre cette histoire et les carnages qui se déroulent chaque année dans les établissements scolaires ; les tueurs ayant souvent été victimes d’intimidation et d’ostracisme. Le constat est toujours le même : on n’avait pas vu venir le coup.

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©Seuil 2015 Backderf, Derf

« J’ai tendance à croire que Dahmer n’aurait pas fini en monstre, que tous ces gens ne seraient pas morts dans des conditions aussi atroces si seulement les adultes autour de lui n’avaient pas été aussi indifférents et aussi étrangers à son cas »

Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

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