Les contes de l’Interface : La vie comme un jeu

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Est-ce que j’existe ? Descartes pense que oui. OK, mais est-ce que c’est la vraie vie ? Morpheus te donnerait une pilule pour te montrer que tu vis dans une simulation. Mais, c’est dans le futur, right ? Humm, Jamiroquai te dirait qu’effectivement, nous avons de plus en plus tendance à vouloir s’évader dans un monde virtuel à mesure que notre civilisation sombre dans le chaos. Notre propension à fuir notre condition de mortel ne date pas d’hier et s’accélère au même rythme que notre engouement pour les objets high-tech. Habiterons-nous un jour dans notre tête ? Emmanuel Filteau, auteur des Contes de l’Interface, en a fait son sujet de prédilection.

La Clypse : événement cataclysmique qui a rayé tout ce qui restait de naturel sur Terre. Cette grosse boule irradiée est maintenant peuplée de mutants de tout acabit qui s’entre-tuent pour du temps ; chaque seconde hors de cet enfer a une valeur bien plus grande que celle de l’argent. D’ailleurs, il n’est d’aucune utilité : on ne rémunère plus les gens puisque le travail est effectué par des robots. Ça aurait pu être merveilleux, n’eût été qu’il n’y a rien à foutre à part se réfugier loin dans les méandres de son cerveau. L’omnipotente compagnie Transcervical — responsable de cette technologie de réalité virtuelle — distribue les rations de minutes selon le statut social des individus. Seuls ceux voulant bosser pour eux verront leur quota doublé et auront droit à un minimum de confort… mais à quel prix ? En tout cas, ça ne doit pas être pire que de se faire recycler en biscuits après avoir perdu sa dernière vie. Game over, comme on dit.

N’importe qui, n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment : les combinaisons sont infinies ; les contes de l’Interface sont une aventure dont vous être le héros. C’est une échappatoire pour se défouler et tromper l’ennui. Les guerres sont maintenant chose du passé et tout acte de violence est réprimé par… encore plus de violence — les biscuits remember ? Alors on plonge dans des histoires abracadabrantes et tel un junky, le réveil est brutal une fois nos réserves épuisées. Il existe tout de même une faction rebelle qui, à l’abri des regards, gardent vivantes les reliques d’un monde préapocalyptique : livres, œuvres d’art, etc. Dommage que les gens ne sachent plus lire ni estimer à leur juste valeur ces précieux objets. Y aura-t-il un retour du balancier ? On ose espérer qu’un éveil des consciences pour mettre fin à cette folie.

À grands coups de clins d’œil à la culture populaire et d’easter eggs autoréférentiels, la série offre un bon potentiel de relecture puisqu’on y découvre des détails nous ayant échappé aux premiers abords. L’imagination foisonnante de Filteau nous amène dans des univers complètement déjantés alors que le style graphique évolue au gré des récits — très impressionnant. Les amateurs de rétrofuturisme et d’ultraviolence seront bien servis dans cette fable philosophique qui nous porte à réfléchir sur notre rapport à la technologie et ses dérives déjà amorcées. Seul le  précieux  temps saura nous dire si ses prédictions s’avèreront exactes.

2 commentaires

  1. Encore un gros merci pour cette critique Mathieu, j’apprécie vraiment le temps que tu as passé dessus. J’ai toujours une crainte que mon histoire soit mal comprise, mais à lire tes mots, je vois que tu as vraiment bien compris mon propos! Ça m’a fait du bien de lire ça.

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