Rouge avril

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Une grève, c’est l’endroit où vont s’écraser les vagues sur la plage. C’est aussi là que s’entrechoquent des idéologies divergentes et que les esprits s’échauffent. Les manifestants déferlent dans les rues à l’image d’une marée humaine et scandent des slogans à saveur politico-satirique. Le peuple québécois est reconnu comme revendicateur, défendant farouchement les causes qui lui tiennent à cœur, dont l’éducation ou plutôt l’accès abordable à cette dernière. Il y a maintenant une décennie qui nous sépare du Printemps érable, mais son souvenir reste gravé dans la mémoire collective. Beaucoup d’encre a coulé à son sujet et continue à ce jour à noircir les pages comme celles de Rouge avril, une bande dessinée relatant ces événements du point de vue d’un prof de cégep de l’Outaouais qui l’a vécu de l’intérieur.

Vous vous rappelez l’ire de la population ? Du grand schisme ? Des carrés rouges versus les carrés verts ? Des gratteux de guitare et des artisses ? Matricule 728 ? Arnachopanda ? Ouin, ben rien de tout ça ne se déroulait à Gatineau. Cela ne veut pas dire que les jeunes et moins jeunes de la région 07 sont restés les bras croisés à regarder passer la parade. Il y a bien eu du brasse-camarade et du brouhaha, mais à plus petite échelle. On a bloqué des rues, brandi des pancartes, investi des locaux et défié les policiers.

Rouge avril, Mécanique générale, 2022

Réal, qui enseigne la littérature à des étudiants qui s’en « câlissent », profite des moyens de pression pour travailler sur un projet BD avec un de ces anciens élèves qui suit une formation en création de bandes dessinées à L’UQO — c’est ben d’adon. En tout cas, cela lui permet de concentrer ses énergies sur des choses plus positives en attendant que la tempête se calme.

Rouge avril, Mécanique générale, 2022

C’est du moins ce qu’il croyait avant que les tuiles commencent à lui tomber sur la tête. Comme si ce n’était pas assez de faire le pied de grue, il doit composer avec un délateur qui souhaite le calomnier en envoyant des lettres anonymes au directeur de son département. La cerise sur le sundae : sa sœur lui fait des révélations-chocs sur leur père qui chamboulent son univers déjà chancelant et finissent par le faire craquer. Les pièces du casse-tête se mettront en place et la froidure du printemps cédera aux jours ensoleillés. La grogne se change en allégresse pendant que Richard Martineau peste contre les enfants-rois buvant de la sangria sur les terrasses. Tout est bien qui finit bien ?

Rouge avril, Mécanique générale, 2022

Sans se vouloir un documentaire, les événements racontés à propos de la grève sont réellement arrivés. Sinon, on a droit à une histoire (Sylvain Lemay) habilement ficelée qui flirte avec le roman policier. Les différents styles graphiques (André St-Georges) se juxtaposent pour offrir une expérience visuelle agréable — surtout pour les décors campés dans des lieux mythiques de Gatineau qui fera sourire les natifs du coin. Un bel ouvrage qui témoigne d’une époque pas si lointaine aboutissant à l’éveil politique d’une génération dont les idéaux sont maintenant bien ancrés dans la société actuelle.

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