Il faudrait vraiment se faire une tête : on aime ou on n’aime pas l’amour ? La réponse est évidemment, noui. C’est la chose la plus puissante qui existe. Ça peut nous mettre à genoux ou déployer des ailes. On tue et on succombe en son nom. C’est un besoin inextricable de l’âme qui finit tous par nous avoir. C’est la pulsion de notre cœur et le souffle de la vie. Cette histoire a mille fois été racontée. En voici la version de Jean-Nicolas Vallée qui nous présente sa Meilleure amie avec qui il partage une relation aussi platonique que trouble.

Seulement en ami. Trois mots qui sèment le chagrin et le désarroi dans l’esprit de la personne qui en absorbe le sens. Pas facile d’être relégué à un échelon duquel on peut presque goûter à l’idylle sans toutefois ressentir une pointe d’amertume. Tout cela a commencé au cégep alors que Fred et Anaïs firent collision et fusionnèrent pour ne former qu’un magma palpitant de sentiments flous. À force de se fréquenter au quotidien, les flammes jumelles s’embrasèrent, mais jamais s’embrassèrent. Elle le considère comme son confident, son âme sœur, mais jamais l’élu. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme deviendra sa muse et lui jouera au poète maudit hanté par la présence de cet être éthéré. Les années passent et leur lien s’étiole. Il y a pourtant un fil d’Ariane qui ne peut être coupé. Tel un funambule, l’équilibre est dur à maintenir et il contemple l’abysse. Combien d’heures avant de plonger dans la noirceur du mal-être et de la dépression.

Toutes ces montagnes russes émotionnelles sont certes grisantes, mais elles peuvent parfois donner mal au cœur. Il y a dans la fougue des premières passions un abandon et un émerveillement qui jamais ne sera reproductible ; on ne peut que rire ou être attendri par tant de naïveté. Chez ceux qui l’ont vécu, il demeure des traces fugaces de cette expérience transformatrice à laquelle on se réfère périodiquement pour se remémorer des souvenirs polis par la patine du temps. Cela devient à notre insu l’étalon de mesure auquel nos autres relations seront soupesées. Est-ce une façon saine d’occuper ses moments libres que de se triturer les méninges à savoir si on est sur la trajectoire établit ? Combien de nuits blanches à se morfondre ? De rêves évocateurs énonçant ce que l’on ne voulait pas entendre ? Beaucoup d’encre et de larmes ont coulé dans le journal intime de ce bon gars à l’oreille attentive et aux bras réconfortants. Assez pour en faire une bande dessinée.

Nul besoin d’être passé à travers un tumulte amoureux de cette envergure pour se sentir interpellé par ce récit du quotidien puisque nous l’avons tous vécu à un degré d’intensité variable. Cependant, cela prend une sacrée dose de talent pour réussir à condenser un tel maelstrom. L’auteur se livre candidement sans pudeur ni apparat à l’inverse des illustrations et de la mise en page qui en mettent plein la vue. Bien dessiné, bien narré, bien difficile d’y résister.




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