Noir obscur

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Il effraie et il conforte. Il est primal, primordial, à l’origine de tout et de rien : le noir. Il cache de sombres desseins. L’absence de lumière conjure les esprits, les attise et les échauffe. Il se passe bien des choses sous le couvert de la nuit. On l’associe à la mort comme au fun. C’est pourquoi on aime mieux en rire qu’en pleurer même si ce n’est pas toujours drôle. Les macabres cousins Duguay y ont trouvé un terreau fertile et allient leurs talents afin de nous faire grincer des dents avec Noir Obscur, un recueil de micronouvelles illustrées en quatre cases.

Noir obscur, Station T, 2024

On commence d’entrée de jeu avec une mise en abyme et un long couteau acéré. Voilà, le décor est planté tout comme le poignard dans un dos tourné. Peuvent débuter les hostilités : meurtres sordides, bêtes accidents ou simples concours de circonstances, on peut dire que l’existence n’est pas toujours rose. Elle nous broie comme du noir ; celui de nos pupilles dilatées avant le coup de grâce. Quel que soit notre statut, nul ne peut rester de marbre quand apparaît la Grande Faucheuse. Certains attendent avec impatience qu’elle les sorte de leur misère alors que d’autres la supplient de leur accorder un sursis. Que l’on finisse dans une boîte de conserve ou un cercueil verni, le résultat est le même : aspiré vers l’au-delà après la traversée d’un long tunnel d’où émane une lumière divine. La vie, c’est comme la roulette russe… il y en a qui s’en tire mieux que d’autres.

Noir obscur, Station T, 2024

Il existe pire châtiment que la mort. La détresse, l’indigence et la démence ne font pas de quartier. Ceux qui en souffrent — souvent en silence — sont prisonniers de leur sort. Condamnés à perpétuité, ils en viennent à souhaiter la délivrance. L’anesthésie et l’amnésie semblent pour l’instant la solution la moins radicale pour remédier à leur condition . Il y en a qui utilisent des aiguilles à tricoter, d’autres à stupéfier. Peut-être auront-ils la chance de se refaire, mais qui sera à leurs côtés pour célébrer la victoire ? Les souvenirs s’effacent et les pages se tournent alors qu’ils ne peuvent plus se voir en peinture. Certains se font d’ailleurs arranger le portrait pour le meilleur et pour le pire. Peu importe le temps qu’il nous reste en ce bas monde, l’inexorable marche vers notre trépas nous rapproche de la tombe où nous pourrons tous reposer en paix.

Noir obscur, Station T, 2024

C’est par une merveilleuse association des idées due à une profonde connaissance de l’autre que la proposition passe comme une lettre à la poste. Aussitôt lu aussi vite consommé. On saute au prochain plat dont on se délecte tel un cadavre exquis. Il y a une réelle empathie derrière cet humour noir qui exprime le spasme de vivre. L’originalité des thèmes (Sébastien Duguay) combinée aux illustrations intemporelles (Ghyslain Duguay) est non sans rappeler le style d’un certain Franquin ou Gotlib. Il y a des livres pour pleurer, d’autres pour rire. Celui-ci fait les deux à la fois avec brio.

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