Là-haut, loin là-bas, au plus profond du temps et de l’espace se cache l’inconnu qu’on explore à grands coups de sondes et de chance. Cet espace obscur demeure un endroit hostile. Il vaut mieux ne pas s’y aventurer en chair et en os. Envoyons plutôt des tas de boulons au casse-pipe. Dans le meilleur des cas, l’humanité en tirera des informations au pire une leçon. Les terriens ont la fâcheuse habitude de répéter les erreurs du passé alors il est entendu qu’ils sèment la pagaille partout où ils prolifèrent. Pourquoi Far Out, leur nouveau refuge serait-il épargné du même sort ?

Des déchets… des tonnes et des tonnes. Ils proviennent de conteneurs détournés de leur trajectoire pour aller s’écraser sur la planète tellurique MR.709.74650, aussi surnommé Far Out par les locaux : des cowbots ou plus simplement des robots qui se prennent pour des cowboys. Les conditions arides sur ce caillou flottant dans le vide intersidéral s’y prêtent à merveille. On est bien dans le futur, non ? Alors, pourquoi ces automates agissent-ils comme s’ils vivaient à une époque antédiluvienne ? Leurs circuits ont probablement grillé à l’impact du sol ocre puisque cela ne faisait pas partie du protocole. La course à l’armement les a rendus désuets. On leur a trouvé une autre utilité : préparer le terrain pour une colonie qui ne viendra pas. Un malfonctionnement plus tard et on les retrouve dans un western à jouer au poker. Des bribes d’informations parasitées s’échappent de leur mémoire morte pour les rappeler à l’ordre, mais celles-ci sont floues comme un mirage en plein désert. Sous un soleil de plomb, les jours s’égrènent sans trop d’incidents jusqu’à ce que tombe du ciel un nouveau-né tout d’acier trempé rompant l’équilibre. Pas tout à fait amnésique, il cherche son étoile pour atteindre la paix d’esprit et un sens à son existence.

Difficile de cohabiter avec les lézards géants qui régnaient en maître sur ce bled perdu avant l’arrivée des droids. Mais c’est l’écrasement de la capsule de sauvetage qui a mis le feu aux poudres. À son bord se trouve un humain ; la clé de voûte, la fautrice de trouble voulant vivre loin de l’empire galactique et de ses folies expansionnistes. Programmer les robots faisait partie de son plan d’évasion. Elle est maintenant seule de sa race sur une planète inhospitalière. Le sera-t-elle longtemps ? D’autres rebelles y trouveront probablement refuge pour occuper le territoire sans trop faire de remous.

Maintes fois encensé, le travail d’Olivier Carpentier (dessins) et Gautier Langevin (textes) offre une chevauchée à bride abattue à travers les genres. À la frontière du western et de la science-fiction, les deux buckaroos ont su harnacher la puissance narrative de styles diamétralement opposés, mais complémentaires. Bourré d’action, parsemé d’humour et un brin philosophique, tout le monde y trouve son compte. Atmosphériques à souhait, les planches et les paysages qu’elles contiennent goûtent la poussière tourbillonnant au passage de la caravane. Levons-leur notre chapeau de cowboy bien haut en tirant du pistolet laser avant de disparaître à l’horizon. Yee-Haw !




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