Les archives mélancoliques

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Quel est votre plus lointain souvenir ? C’est à y mettre sa main au feu qu’il sera heureux. Blotti dans le cocon familial, protégé du monde extérieur et de sa cruauté, il est facile de croire que la vie n’est qu’un long fleuve tranquille. Les remous et les récifs acérés viennent plus tard, mais beaucoup trop tôt. Nous portons tous des blessures d’enfance apparues avant que nous ayons pu forger notre armure. La douleur sourde et lancinante nous accompagnera tout au long du trajet. On peut en faire abstraction ou l’accueillir et l’exposer au grand jour comme dans Les archives mélancoliques.

Les archives mélancoliques, Nouvelle adresse, 2025

C’est fou de passer autant de temps avec sa personne, mais de ne pas avoir l’impression de se connaître. Il est vrai que l’on transite par plusieurs phases qui sèment la confusion et l’émoi. Un genre de poupée russe qui recèle plein de secrets. Nous sommes tous pareils ; pas identiques. Myriam ne fait pas exception à la règle et son histoire est tout aussi banale que captivante. Enfance heureuse, parents aimants, mais déjà carencés. Ce n’est pas long qu’on soit toute cabossée. Même pas le temps d’avoir des formes qu’on lui demande de prendre moins d’espace dans son léotard. Quand ta maman passe ses journées à se déprécier devant le miroir, il y a de quoi se poser des questions sur sa propre apparence. La pression d’être désirable est omniprésente tout comme le désir de se faire oublier. Des années à se mentir et à se faire mentir juste pour grappiller des miettes d’affection dans la peur constante du rejet. Sa confiance en elle périclite alors que sa rage augmente. Embouteillée, il faut la noyer dans l’alcool. Même éméchée, la jeune femme devient une bombe ambulante prête à exploser. Elle préfère rester en réclusion plutôt que d’être trop ou pas assez.

Les archives mélancoliques, Nouvelle adresse, 2025

Vient ensuite la réalisation que ce schéma de pensée commence à nuire aussi bien à la santé mentale que physique. Des maux qui tirent la sonnette d’alarme. On évite le déraillement. On réaiguille le train ; on part à toute vapeur dans la direction opposée. La quête de l’acceptation de soi est un combat de tous les instants. Myriam peut se regarder en face sans détestation. Dans un monde en perdition, notre instinct de survie prend le dessus et nous guide vers la voie de la raison. Il faut prendre soin de soi avant d’aider les autres.

Les archives mélancoliques, Nouvelle adresse, 2025

Tout en douceur et en franchise, Myriam Bourgeois s’ouvre comme un cahier dans lequel elle gribouillait adolescente. On entre dans son cabinet des curiosités pour observer chaque facette en déambulant à travers les époques de sa vie. Elle réussit à distiller cet inconfort, ce vide ressenti par tant et à transposer sur papier ce sentiment. Avec des images évocatrices et des mots sans équivoques, ce premier livre aux allures intimistes revêt tout de même un côté engagé en soulignant les violences invisibles que les femmes subissent au quotidien. Un appel à la compassion et la tolérance. Nous sommes toustes Myriam.

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