Les choses bougent vite. On continue d’avancer en dépit du temps passé et de la fatigue prend le dessus. Notre vision de la vie et ses priorités sont remises en question. Encarcané, à accumuler des souvenirs et des biens ; rincer et répéter. Puis il y a le corps qu’on habite, qui emmagasine les expériences, qui demande à entrer en contact. Cette charpente que l’on doit entretenir pour garder la tête haute et ne pas courber l’échine. L’éducation physique est un excellent moyen de maintenir la forme. On la rebute comme on la recherche. Laura n’y fait pas exception.

Étudiante presque trentenaire, elle a l’impression de faire du surplace malgré la bourse fraîchement octroyée. Un an de sursis pour écrire. Mais à quoi bon ? Sa carrière d’autrice vivote, ses amours s’étiolent tandis que l’espoir de quitter le nid familial s’amenuise. Sa colocataire de mère a la fale à terre depuis la mort de son père – pas celui de Laura, lui on ne l’évoque pas. Dépouiller la maison. Se départir de ses possessions laisse un grand vide. Sa vision nihiliste des événements teinte peu à peu celle de sa fille qui se demande à quoi tout ça rime. Il existe plusieurs moments charnières et croisées des chemins. Il est facile de s’y égarer, d’y aller à tâtons. Gaspillant du temps emprunté, on attend que ça passe en espérant que le meilleur est à venir. La jeune femme consulte régulièrement son horoscope entre deux reels sur les réseaux sociaux.

Pour rester connectée à ses émotions ou en évacuer le trop-plein, Laura Almeida Dias fume parfois, mais elle craint le feu. Elle boit du thé, mais oublie son thermos dans l’autobus. Avec ses copines, elle s’impose des séances quotidiennes de gym malgré l’aversion qu’elle porte à cette matière scolaire. C’est d’ailleurs dans cette classe qu’elle pouvait papoter en précisant sa pensée sur un futur hypothétique à coup de jeu-questionnaire tiré des magazines. L’amitié avec sa bestie remonte à cette époque où tout était possible et rien ne nous arrêtait. Avec l’âge viennent la sagesse puis la désillusion. Vous deviez déménager ensemble, mais la conjoncture économique à la suite de la pandémie réduit à néant vos plans. La barre descend comme notre moral et on se retrouve à travailler dans un centre d’appel, mais c’est « temporaire. » Nos parents ne nous ont pas préparés à ça parce que personne ne sait comment faire.

Après La mangouste, Joana Mosi revisite le thème du deuil dans ce deuxième ouvrage intimiste. On y aborde la vie dans sa plus simple expression. Des petits gestes du quotidien, des impressions de déjà-vu qui résonnent. Une proximité avec le sujet rythmée par les plans qui ont une qualité cinématographique ; des arrêts sur images, suspendus entre deux idées. Une mise en page efficace et inventive toute en sobriété dans laquelle il est facile de s’immerger. Bien de son époque, mais encré dans une question qui traverse les âges, on atteint l’universel. Comme quoi on n’a pas encore trouvé la réponse.



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