Go, go, go, debout ! Go, go, go, produit ! Go, go, go, consomme ! Toujours pressé. Toujours presser le citron. Toujours un peu acide lorsqu’on tombe sur un pépin. Notre confort, notre mode de vie : un engrenage, une prison dorée. Mais il faut bien occuper son temps, non ? Ce n’est pas bon de se triturer les méninges sur notre place dans l’univers. Donc on s’évade – souvent dans l’éther ou l’internet. On se tourne les pouces à coups d’index à en perdre le fil d’Ariane. L’ère de l’artificiel nous surplombe et sa chape est lourde. Nous sommes vraiment dus pour des Interludes de courtoisie.
La fibre c’est tout. Ça tisse des liens. C’est l’univers, les atomes, les molécules. Elle change notre optique. Elle peut être patriotique quand on tire la couverture de notre bord. De fil en aiguille les motifs apparaissent et se précisent et viennent former l’étoffe du grand absolu; le rapport cosmique qui nous unit. La matrice est ourdie puis exhibée aux yeux de ceux qui en ont pour voir à l’intérieur. Le voyage en vaut la chandelle à qui se donne la peine de le faire. Malgré nos différences, nous sommes tricotés pas mal plus serré qu’on le pense. On finit usés jusqu’à la trame, tapis dans l’ombre, englobés.

Textile et tactile, le bout de laine s’enroule autour du bout de doigt. Empreintes d’une poésie digitale qui n’a rien de numérique, les possibilités s’enchaînent et prennent forme. Mus d’une force surnaturelle, les brins s’agitent pour transmettre un message ou une émotion, des vestiges ou des mirages. Et puis laissez tomber, ça serait trop long à expliquer. Plutôt une symbiose : fugace, éphémère, chimère. Une multitude de combinaisons comme la vie qui s’offre à nous. Marcher en équilibre sur cette mince ligne entre plaisir et douleur. La rupture n’en tient qu’à un fil.

Allô ? Qui est au bout du fil ? On se pose de moins en moins la question. Les contacts humains se raréfient avec le temps, mais la connexion tient bon. De grandes structures ont été mises en place – autant sur terre que dans l’espace – pour que nous communiquions d’un bout à l’autre de la planète. On coupe le courant et le ciel s’embrase. Peut-être qu’au contraire, ça nous ferait du bien de prendre l’air et de laisser le monde respirer. Rester immobile, impassible, attentif à ce qui nous entoure.

Singulier parcourt que celui de Noémie Poulin. Formée aux beaux-arts puis devenue créatrice de costumes et de décors de film, elle manie aussi bien le pinceau que l’aiguille. Touche à tout, elle alterne et allie différents médiums à sa pratique. Comptant le dessin et le cinéma d’animation à ses disciplines, elle a su développer un langage ne nécessitant aucun mot. Elle n’en est pas à ses premières expérimentations avec la bande dessinée et on sent une volonté bien assise de nous faire passer un message à travers l’œuvre. L’abstraction vient énoncer ce qui est clair à chacun ; un moment d’introspection à l’effet salutaire.



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