L’art de la guerre

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Vous savez quoi ? Je ne sais même pas si j’ai envie d’aborder ce sujet usé jusqu’à la trame, mais j’ai besoin de ce préambule pour vous parler de cette excellente BD alors soyez indulgents.

Bon, je me lance… a-t-on la culture que l’on mérite ?

Je pose la question parce que j’ai l’impression de m’abrutir chaque fois un peu plus en allumant la télévision. Je passe le plus clair de mon temps à faire du slalom entre les chaînes, évitant les publicités tonitruantes pour grappiller le peu de contenu susceptible de m’intéresser. Il y a bien sûr des émissions incontournables (quoi que…), mais elles se perdent dans un lot de médiocrité: il faut effectuer ses sélections au préalable: c’est un peu comme allez faire les emplettes le ventre vide : nous sommes toujours attirés par les emballages tape-à-l’œil dépourvus de contenu nutritif.Prenez par exemple Célibataires et nus, émission de rencontres où les participants prennent part à des activités loufoques lors de leur premier rendez-vous, le tout dans leur plus simple appareil. Non seulement le concept est bancal, mais les candidats sont d’une insignifiance rare : des gagnants assurés aux Darwin Awards.

Tout le monde veut ses quinze minutes de gloire. Ce sont des phénomènes de foire à qui on lance des cacahuètes tout en s’esclaffant ; un accident de la route que l’on s’oblige à regarder. C’est du nivellement par le bas.

Il n’y a aucun mal à consommer ce type de programmation ; nous avons tous nos plaisirs coupables, le mien étant Les recettes pompettes. Là où le bât blesse, c’est lorsque ça devient le standard. Les télédiffuseurs carburant aux cotes d’écoute nous servent ce qu’on  leur réclame.

Ce n’est guère plus reluisant dans le monde de la radio commerciale où on nous rabâche les oreilles avec les mêmes succès des trente dernières années en boucle. Sommes-nous nostalgiques à ce point ?

Mais il y a pire encore… Twilight, ce roman Harlequin vampirique dont le succès dépasse l’entendement.

Je vous entends déjà rétorquer « t’es qui bonhomme pour juger mes choix de divertissement ? » Je ne suis personne ; un individu lambda qui cherche un prétexte pour écrire ce billet.

Nous voulons tous être divertis, moi le premier. Tout cela ne date pourtant pas d’hier: du pain et des jeux , réclamaient les romains.

Tout cela commence à ressembler étrangement à 1984 ou au film Idiocracy. Quand les robots commencent à composer de la musique, c’est le début de la fin de l’art et de la culture comme nous les connaissons.

Fin de la diatribe 

Revenons à nos moutons…

A-t-on encore besoin des artistes ou devons-nous  plutôt les céder à une civilisation extraterrestre afin qu’ils puissent servir d’armes de destruction massive ? Que ferions-nous sans nouvelles créations à nous mettre sous la dent. Mais surtout, qui fabriquerait nos îlots de cuisines Ikea ?

Toutes ces questions, Francis Desharnais se les est posées dans sa dernière BD La guerre des arts.

C’est dans un contexte de guerre interplanétaire que le peuple des Isayhellos est venu sur Terre kidnapper tous ses artistes, même les concepteurs d’îlots de cuisines Ikea ! Mais pourquoi me direz-vous ? Laissons la parole à leur président.

Selon nos manuels d’histoire et de biologie, nous avons négligé l’importance de l’art pendant trop longtemps. Plus personne ne créant, nous avons perdu la faculté de nous émerveiller. De l’autre côté, notre enveloppe corporelle s’est endurcie, devenant insensible aux armes conventionnelles. Notre âme est devenue plus vulnérable que notre corps. C’est ainsi que s’est développé le concept de guerre artistique.

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Éditions Pow Pow 2014, Francis Desharnais

C’est donc à grands coups de haïkus, de performances multimédias et de danse swing que nos artistes sont venus à bout de leurs ennemis jurés, les Yousaygoodbyes. Une fois le carnage terminé,  c’est à contrecœur  qu’ils regagnent leurs pénates se demandant si leurs contemporains se seront aperçus de leur absence. Je vous réserve la surprise. Disons que tout est bien qui finit bien pour ceux qui attendaient leur îlot.

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Éditions Pow Pow 2014, Francis Desharnais

Superbe bande dessinée d’une simplicité désarmante. Avec des décors statiques et en très peu de mots, l’auteur a su nous faire réfléchir sur l’importance que l’on accorde à l’art dans notre société. Une satire qui peint un portrait, certes caricatural de l’état des lieux, mais qui pourrait s’avérer prophétique si nous laissons les choses se dégrader.

La culture c’est comme la confiture, moins on a, plus on l’étale!

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