La petite Russie

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Aujourd’hui, je vais vous parler des pitounes. Pour ceux qui ne comprennent pas notre parlure, pitoune à plusieurs définitions :

  • Fille clinquante juchée sur des talons
  • Jeton du jeu de bingo
  • Bille de bois qui flotte sur la rivière

Mon père me disait à la blague plus jeune que nous mangions de la soupe à la pitoune alors qu’il s’agissait en fait de soupe Lipton poulet et nouilles. Ça a carrément nourri mon imaginaire. On en parlait souvent quand j’étais petit – du bois, pas de la soupe. Je viens de l’Outaouais. C’est au long de promenade sur les berges de sa rivière que l’histoire de cette région m’a été contée.

Bing sur la ring

Laissez passer les raftsmen ! Des radeaux d’arbres abattus conduits par des draveurs téméraires qui se font porter au gré des flots, sautant d’un tronc à l’autre — comme dans Frogger — pour déloger un embâcle au péril de leur vie.

Des arbres comme ceux que le grand-père de Francis Desharnais buchait dans les forêts de l’Abitibi profonde ; c’était tout un colon son aïeul.


La petite Russie, Éditions Pow Pow, 2018

Un autre petit quiz : De quelle sorte de colon suis-je en train de parler ?

  • Un bout d’intestin
  • Homme rustre qui fait des blagues de mononcle
  • Personne venue coloniser une région

Je vous le donne en mille !

Effectivement, Marcel et Antoinette Desharnais furent parmi une poignée de gens ayant décidé de construire une communauté là où les mouches noires se mettent à genoux pour vous piquer dans le front. Cayenne, c’est plus qu’un programme de développement du territoire : c’est un projet sociétal où l’entraide est un moyen de survie en ce lieu sauvage où tout est à faire. Imaginez-vous couper du bois à longueur de journée, défricher, bâtir, s’occuper de sa terre et de ses animaux, et ce, beau temps mauvais temps ? Moi qui arbore un sourire satisfait quand je viens de mettre au chemin mes retailles de cèdre après une grosse journée éreintante entre deux trempettes dans la piscine.

La petite Russie, Éditions Pow Pow, 2018

Les grands espaces, le courage et la détermination, ainsi que cet abandon à la providence ont tôt fait de nous happer dans ce récit captivant de l’histoire de nos ancêtres. Oui, certes, on parle ici du Québec, mais cette histoire est facilement transposable à d’autres parties du monde. La lecture de cette BD nous plonge dans nos racines et se veut un prologue à la modernité qui a décimé tant de végétation en son nom. Il ne faut pas blâmer ces hommes aux mains calleuses, car la nature à cette époque ne montrait pas de signes d’essoufflement. Ce qui nous semble une hérésie aujourd’hui n’est en fait que peccadilles si on considère la quantité… ah et puis non, c’est trop déprimant de continuer.


La petite Russie, Éditions Pow Pow, 2018

Revenons-en à nos pitounes…

Elles sont maintenant vestiges du passé. Même La Ronde n’en veut plus. Il en reste tout de même des traces dans cette sanababiche de bonne bande dessinée peuplée de gens ordinaires qui n’avaient pas froid aux yeux et dont le fier descendant a su rendre hommage de façon honorable.

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