Poisson à pattes : Je pense donc je nuis

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Lire, écrire, réfléchir : des gestes que l’on pose au quotidien sans s’y attarder. L’évolution de l’espèce nous a laissés dotés d’un puissant cerveau que certains utilisent pour sonder les mystères de l’univers. À travers les époques, ceux-ci ont souvent été la cible de quolibets, car on les considérait comme des illuminés. Comme quoi, l’intelligence et la curiosité sont de très vilains défauts qu’il faut absolument cacher sous peine de recevoir une raclée. Ce n’est pas le fun, hein ? Ça peut le devenir si vous vous nommez Blonk et que votre deuxième album s’appelle Poisson à pattes.

Nous sommes au Moyen-Âge, un moment de l’histoire où il ne fait pas bon étaler ses connaissances et où la mainmise du clergé peut vous ligoter au bûcher le temps de s’exclamer « hérésie ! » Bastien, le freak du village en sait quelque chose, lui qui mange des volées à répétition, incapable de fermer son clapet au moment opportun. C’est certain que reprendre constamment le monde avec condescendance vous attirera des bosses, mais il faut dire qu’il est vraiment entouré de morons, comme son ami Ubalde alias le fou et lui aiment le crier haut et fort. Avec son père et Sidonie la sorcière… euh, pardon… la sourcière, il peut au moins être lui-même sans avoir peur d’être persécuté. On ne peut pas en dire autant de son ivrogne de mère, grenouille de bénitier avide de richesse prête à les livrer à l’inquisition, viande à chien ! Si seulement il pouvait sacrer son camp à l’université au lieu de se terrer dans une grotte pour créer ses inventions. Mettez dans le lot un gars qui lui veut la peau depuis qu’il a appris que sa sœur a un crush dessus et vous avez tous les ingrédients pour une aventure dont vous êtes l’antihéros qui risque de mal se terminer.

Poisson à pattes, Éditions Pow Pow, 2021

Transportons-nous au présent. Sentez-vous les relents d’obscurantisme et de fumisterie ? Ne voyez-vous pas proliférer cette tendance à tout niveler vers le bas par une frange de la société ? On se dirige tranquillement vers une idiocratie où il est plus facile de gober de la fausse information prémâchée que de fournir l’effort d’avoir une pensée critique. Le clivage entre les points de vue est grandissant ; on scande que la liberté d’opinion est une valeur fondamentale alors qu’on envoie promener allègrement quiconque ne raisonne pas comme nous sur les réseaux sociaux : plus ça change, plus c’est pareil. On dirait vraiment que l’on régresse vers des temps barbares où au plus fort la poche l’emporte. Seuls les dogmes ont changé ?

Poisson à pattes, Éditions Pow Pow, 2021

Blonk a réellement su captiver son public avec un récit dont le flot ininterrompu d’humour et d’action magnifie le propos. On sent le désabusement de l’auteur envers ses congénères qui ne se cache pas pour le manifester à travers la voix de ses personnages. La saturation des couleurs et le découpage cinématographique en font une lecture jouissive qui donne envie de recommencer l’expérience ne serait-ce que pour trouver les 72 références à la culture populaire dissimulées au fil des pages. L’attente en valait bien la peine.

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